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La sexualité Archaïque C.Zürcher

Compte rendu de  Christine Zürcher sur le thème :

La Bisexualité archaïque

D’après les travaux de Joyce Mac Dougall, « Eros aux mille et un visage » et autres articles.
Une identité sexuelle épanouie et une sexualité épanouie passe par les processus de deuil qu’implique l’intégration des désirs sexuels archaïques puis œdipiens. ( L’inconscient est biparentale, les deux parents se projettent dans et sur l’enfant).
Pulsions libidinales et agressives sont indistinctes les unes des autres (haine et Amour sont alors, à cette phase de la vie-aube psychique –confondus).
Cette confusion peut perdurer jusqu’à la maturité, ce qui perturbe les relations avec autrui. La haine et l’amour confondus peuvent provoquer des sentiments de paniques, les conflits psychiques qui s’en suivent sont totalement forclos du conscient, avec accroissement de la vulnérabilité psychosomatique (voire des phases de décompensation psychotique).

De l’importance de la prise en compte de la scène primitive dans le développement d’une sexualité épanouie et d’une relation amoureuse épanouie (adulte).
La sexualité humaine dans ses origines est essentiellement traumatique :
-  rencontre sensuelle du bébé avec le sein
- Pulsions internes qui se heurtent à la force contraignante du monde externe.
Le choc de cette rencontre crée des conflits psychiques (refoulés ou dissociés). Cela donne les P.E. dissociés.
Pulsions érotiques et pulsions sadiques sont largement confondues, indistinctes, ce qui inaugure l’aire de l’Amour cannibalique.
Nait très tôt chez le petit d’homme la notion d’un autre, objet séparé de soi, résultat de la frustration, de la rage et de la tendance à une forme primaire de la dépression (dépression = question du manque), dont tous les bébés font l’expérience (objet primordial d’amour, le sein – univers, le tout). L’abolition de la différence entre Soi et l’Autre semble être la condition même du bonheur (illusion du tout).
Ce n’est donc pas étonnant que, dans tout travail qui mobilise l’inconscient nous trouvons des traces de ce que l’on peut appeler la sexualité archaïque, fusion de libido et mortido, où l’amour ne se distingue pas de la haine. Cela crée une énorme tension, un potentiel dépressif.
Quête incessante de traverser cela, trouver des solutions pour accéder à toute les formes de sexualité et d’amour adulte. Bien avant la crise œdipienne, la différence des sexes en elle-même est source d’angoisse pour les petits enfants des deux sexes. Quand l’angoisse est surmontée cela donne un effet de maturation.
Que se passe-t-il normalement à la phase œdipienne dans sa dimension à la fois homosexuelle et hétérosexuelle ?
L’enfant est obligé de composer avec le désir impossible de posséder ces deux parents, d’appartenir aux deux sexes et d’incarner les deux organes génitaux. Accéder à la mono sexualité et renoncer aux désirs homosexuels. L’acquisition du sens des identités personnelles et sexuelles impose le deuil d’une suite d’illusion sur le désir de posséder ce qui est différent de soi.
La bisexualité psychique est une donnée universelle chez tous les humains (structure psychologique) :    - deux parents
- Attirance libidinale par les deux
- Obtenir l’amour exclusif de chacun.
Tout enfant voudrait posséder les organes sexuels de l’homme et de la femme, nanti de leurs pouvoirs fantasmés. Comment intégrer ces demandes bisexuelles dans notre structure psychique tout en assumant notre identité anatomique prédestinée ?
La confusion engendrée par ses souhaits bisexuels pèsent sur bien des aspects de la vie adulte. Désir impossible d’être et d’avoir les deux sexes. Les désirs homosexuels des enfants des deux sexes ont toujours une double visée : l’une est le désir de posséder sexuellement le parent du même sexe et d’être le parent du sexe opposé. Deux visées complémentaire, contradictoire qui coexistent chez chaque enfant et perdurent dans l’inconscient de chaque adulte !
Homosexualité de la petite fille : posséder sexuellement sa mère, pénétrer son vagin (une montée à l’intérieur d’elle), le manger pour s’approprier ses pouvoirs magiques. La fillette désire également être pénétrée par sa mère, être l’unique objet de son amour dans un monde où les hommes sont exclus. Faire des enfants avec elle. En même temps, elle désire être un homme comme son père, avoir ses organes génitaux avec les pouvoirs et qualités qu’elle lui attribue et ainsi jouer dans la vie de sa mère le rôle que tient le père auprès d’elle. C’est cette constellation qui constitue la base de la sexualité féminine.
Homosexualité primaire du petit garçon : il imagine qu’il est le partenaire sexuel de son père en fantasmant qu’il incorpore oralement ou analement le pénis paternel. Prenant possession des ses organes génitaux et de ses privilèges, il devient le père.  Cette forme fantasmatique de possession implique la destruction de l’autre et provoque des sentiments confus de culpabilités et de dépressions chez la fille comme chez le garçon. Rêve de pénétrer le père comme il pénètre la mère, de prendre la place de la mère, d’avoir le père pour lui seul, de recevoir des enfants de lui. Toutes ces attentes jamais réalisées sont donc à l’origine d’émotions complexes comme l’envie, l’agressivité.
Ce sont les composantes homosexuelles de la sexualité humaine.
Les composantes hétérosexuelles des désirs œdipiens engendrent moins de souffrance psychique. Tous les enfants doivent accepter qu’ils n’appartiendront jamais aux deux sexes. Affront à la mégalomanie infantile et finalement ne posséder ni la mère ni le père.
La découverte de la différence sexuelle déclenche chez l’enfant une lutte traumatique égale à la découverte de l’altérité et de l’inéluctabilité de la mort. Certaines personnes n’arrivent jamais à résoudre ces traumatismes universels.
Au fond de notre esprit nous sommes tous longtemps omnipotents, bisexuels et immortels.
Représentation de la scène primitive, c’est-à-dire des relations sexuelles des parents : souvent ; fantasmes de dévorations, d’échanges érotiques anaux et sadique anaux, confusion bisexuelle, fantasmes archaïques de vampirisation,  de crainte de perte du sens de l’identité ou de la représentation de ses limites corporelles. Dans ces cas là les relations sexuelles et amoureuses risquent de devenir menace de castration, d’annihilation, de mort. Important chez les borderline et les somatisant sévères. Terreur de se dissoudre, de perdre ses limites corporelles ou le sens de son identité, de détruire l’autre par effraction ou d’être envahit ou détruit. Angoisse fréquente, liens secrets avec les fantasmes amoureux et sexuels de leur petite enfance. Ce sont des peurs infantiles enfouies dans la mémoire du corps sans accès aux représentations langagières (1ère transaction entre mère et bébé).
L’angoisse des analysants est associée à ces fantasmes désavoués de destruction du partenaire sexuel (rage/désir de vampirisation projeté autrefois sur leurs parents).
La mise en mots de tels désirs archaïques est un facteur essentiel qui contribue aux changements psychiques des patients (analyse de ces fantasmes retrouvés). Certains voient s’améliorer leurs relations amoureuses et sexuelles, d’autres voient disparaître leurs éternels symptômes : allergie, ulcère, hypertension, dysfonctionnement respiratoire ou cardiaque. D’autres surmontent les inhibitions de leur création, émergence d’un talent intellectuel ou artistique.
Scène primitive à l’échelle d’insectes, parfois (fantasmes d’étranglement), peur du « vagin étrangleur », phobie des araignées =une défense contre le désir sexuel refoulé éprouvé pour la mère. Derrière se cache le désir fantasmatique de l’étrangler et de la dévorer dans une extase érotique mortelle (voir rêves et rêverie). Et derrière encore le fantasme plus archaïque : être fusionné avec sa mère, être dévoré par elle, bref devenir elle.
Fantasmes inconscients de la scène primitive dans sa forme la plus archaïque :
- celle d’une lutte érotique et mortifère se traduisant chez les hommes en éclosions dermatologiques et explosions gastriques (l’amour étouffement respiratoire, « ses parents s’étouffent » .
- L’amour urophilique = mouiller le lit de la mère ; féconder la mère.
- Union de vampires = asthme, peur des bruits d’eau, peur d’être aspiré par des tuyaux, être vampirisé, aspiré dans un vide sans fin, perte de ses limites corporelles, perte de la vie elle-même.
Voici quelques expressions psychosomatiques de la scène primitive fantasmée. Le désir incestueux de l’enfant de posséder ses deux parents et d’obtenir le pouvoir magique qu’ils sont supposés détenir, avec tous les fantasmes que cela implique, trouve à s’exprimer aussi dans des activités sublimatoires, dans la création de symptômes névrotiques ou dans la construction de sexualité considérée comme déviante.

Conclusion ;
Lorsque ces fantasmes de la scène originaire émergent sous leurs multiples formes déguisés et sont mis en paroles dans la mémoire du patient, les objets parentaux sont libérés des projections prégénitales et archaïques de l’enfant d’hier. La vision infantile de la scène primitive peut être accepté par la part adulte et enfant. Les peurs de la violence diminuent. Les relations amoureuses sortent renforcées par les pulsions de vie.
L’Amour n’est plus l’équivalant de castration, de destruction, de mort, les parents sont reconnus dans leur individualité séparée, leur identité sexuelle différente et la scène primitive internalisée devient un acquis psychique, qui donne à l’enfant adulte le droit de posséder son corps, sa sexualité, sa place dans la constellation familiale.

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